
Dix minutes d’applaudissement, pour le film d’ouverture la semaine de la critique qui a fait sensation à Cannes cette année. Second long métrage de Valérie Donzelli, après ‘‘La reine des pommes » qui lui vaut un nom dans ce milieux. Ce film, inspiré de sa propre histoire, narre le combat d’un couple, Roméo, interprété par Jérémy Alkaim, également coscénariste et Juliette, interprétée par Valérie elle même, contre la maladie de leur enfant Adam, le tout à travers leur histoire d’amour. Attendez vous à être profondément touché par ce récit. Le titre est tiré directement d’une scène importante où les deux protagonistes annoncent à leur entourage leur rage de vaincre la maladie de leur fils « La guerre est déclarée… ». Les scènes sont tournés à la manière des combats, alors l’on est entièrement prit dans le tourbillon de la guerre. Ainsi on savoure la victoire, et on subit la défaite avec le couple. Leur courage est accentué par l’univers de l’Hôpital, qui est assez insupportable. La lutte est sans fin, pour y survivre, il vaut mieux avoir un mental d’acier; Nous sommes en admiration devant leur persévérance. Il y a quelque chose de très héroïque. Et cet amour, inébranlable même durant les pires moments.
Soudain Une citation de Jean Cocteau me vient à l’esprit : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. ». Cependant la mise en scène est peut être parfois trop mise en avant. La photographie est belle, tournées avec un appareil photo , Canon 5D (le nouveau chouchou des réalisateurs), afin de rester discret dans l’hôpital dans lequel ils ont tourné. Notez aussi que la bande son, très bien choisie, accompagne majestueusement le film. Valérie Donzelli arrive, en s’inspirant de son propre combat (le scénario est parti d’un journal qu’elle tenait pendant le traitement) à traiter un sujet lourd avec une légèreté lyrique propre à son style et beaucoup d’humour.
Serez vous prêt à affronter la Guerre?


Bob Harris, acteur sur le déclin, se rend à Tokyo pour tourner un spot publicitaire. Il touchera alors 2 millions de dollars tandis qu’il pourrait être sur les planches en Amérique. Du haut de son hôtel de luxe, il contemple la ville, mais ne voit rien. Il est ailleurs, détaché de tout, incapable de s’intégrer à la réalité qui l’entoure. Insomnies dû au décalage horaire? Il se trouve que dans ce même établissement, Charlotte connait le même problème. C’est une jeune Américaine fraîchement diplômée en philosophie, qui accompagne son mari, photographe de mode. Se sentant délaissée par un mari overbooké, Charlotte cherche un peu d’attention. Les deux étrangers dépaysés vont alors s’abandonner l’un à l’autre, afin de tromper l’ennuie et leurs incertitudes respectives.
Le talent serait-il héréditaire? Sofia Coppola l’a prouvé dès son premier film, Virgin Suicides. Une sensibilité à fleur de peau, un véritable regard de metteur en scène. Tandis que le second métrage a toujours été une sorte de cap pour les cinéastes, plus de pressions engendrées par le premier film, on tourne en général le second avec un budget plus conséquent. Sofia a pourtant décidé de se démarquer, – comme son cinéma d’ailleurs – , avec un budget relativement petit (4 millions de dollars). Ecrit et réalisé par ses soins et produit par le patriarche Francis Ford Coppola – a qui l’on doit Apocalypse Now et Le Parrain (I, II, III).
Son deuxième film elle fait plus que confirmer de beaux espoirs, elle nous livre un bijou d’un cinéma véritable, touchant de beauté. On se demande si elle n’a pas entrepris d’autres films entre Virgin Sucide etLost in Translation tant la maîtrise de ce dernier est juste. Le film nous plonge dans un voyage d’un pays lointain dans tous les sens du terme où deux âmes égarées s’unissent. On en ressort avec un sourire inexplicable, comme si le temps s’était figé et que Tōkyō était devenue le théâtre de la plus estimable des amitiés.
Remportant de nombreux prix dont l’Oscar du meilleur scénario original en 2004 et le César du meilleur film étranger en 2005. Sofia Coppola filme avec grâce l’humour et la sensibilité de l’enfermement dans les grands hôtels de luxe pour Occidentaux, montrant ainsi le caractère artificiel et puéril des distractions de Tōkyō, mégalopole ultramoderne, et la difficulté de communiquer entre cultures orientales et occidentales.
Le tout servit sur une bandeoriginale délicieuse, entraînant le spectateur dans une atmosphère singulière, dont Air – à qui l’on doit déjà la BO de Virgin Sucide -. Certaines scènes, notamment celles où Charlotte erre dans Shibuya (soit au coeur du quartier le plus animé de Tōkyō) ont été tournées sur le vif, en caméra cachée (en haut du bâtiment Starbucks où l’équipe de tournage a simplement commandé un café). Ce film tourne autour de nombreux décalages: horaire, culturel, linguistique et générationnel.
Son titre, Lost In Translation, est une référence directe à une définition de la poésie du poète américain Robert Frost : « Poetry is what gets lost in translation »dont une des traductions possibles est : « La poésie est ce qui se perd dans une traduction ».










Treize ans après American History X c’est avec une guitare aux mains que Tony Kaye est venu nous présenter son dernier petit bijou aux Festival américain de Deauville, généreux, il nous a joué et chanté une chanson aux refrains de: “I just don’t care”. Comme un avant goût de ce qui va suivre.

Detachment, c’est une immersion de trois semaines dans la vie de plusieurs professeurs, élèves et administrateurs d’une banlieue sensible de New York, le tout à travers le regard d’Henry Barthes. Un professeur remplaçant, qui a pour habitude de ne s’attacher à quiconque . Mais son passage dans ce lycée, et la présence de trois femmes le bouleversa à jamais. Ici, à travers un récit poignant Tony Kaye dénonce les failles du système éducatif américain, en se terminant par une ouverture, le réalisateur nous dit qu’il faut donner la chance à chacun: Une lueur d’espoir s’illumine.
Henry a choisi de ne plus se laisser atteindre par les sentiments et de ne plus s’engager, pour devenir une sorte de professeur sans visage. On comprends au fur et à mesure du film, qu’Henry a perdu sa mère dans sa jeunesse et que depuis, il a forgé une espèce de carapace, en guise de protection. Il ne s’attache plus élèves -parfait pour un professeur remplaçant-, ni aux femmes d’ailleurs. Jusqu’au jour où il recueille une jeune prostituée de la rue et lui offre un foyer et de l’attention qu’elle n’a jamais eu, soudain il eu comme un déclic, Henry prend conscience, et devient un peu moins hermétiques aux émotions humaines qui nous différencient des robots. Chapeau bas pour la direction d’acteurs, menée d’une main de fer par Tony, les acteurs livrent des personnages époustouflants de vérités, poignants jusqu’à la dernière pellicule, surtout Adrien Brody, qui, par sa présence marquante, nous dévoile l’un de ses plus grands rôles, bouleversant, allant même jusqu’à user des micro-expressions!

Du côté de la réalisation, le film possède de très nombreux gros plans, afin d’inscrire les différentes expressions du visages dans la mémoire du spectateur, le tout enjoué d’un aspect plus brute et directe. Une sorte de face à face: personnage-spectateur. Le film est rythmé par des animations à la craie sur tableau noir, des dessins enfantins à portées symboliques. On pourrait supposer que le film se découpe en deux parties, l’une racontant l’histoire sous forme de flash-back, l’autre filmant les confessions du protagoniste principale, à la manière du documentaire. Tony Kaye, également directeur de photographie, est au sommet de son art; La photographie de Detachment est d’une grâce et d’une beauté qui coupera vos souffles. Dans les moyens techniques employés, beaucoup de travelling, notamment dans les couloirs, comme si on suivait les destins. Le jeu de couleurs est très important dans le film, beaucoup de rouges à l’extérieur pour caractériser un environnement hostile, primé par le sang et la violence. A l’opposé l’appartement d’Henry est très neutre, blanc et lumineux. La plus part des plans sont tournés à l’épaule, afin de favoriser -toujours dans la même ligné- l’immersion du spectateur.
Tony kaye nous envoie clairement un message, est ce un message de détresse? Le film nous fait réfléchir sur la responsabilité des parents, d’une jeunesse incomprise en mal d’être et des professeurs, qui ont perdu la vocation d’enseigner. De personnes en générales, qui dans une époque où la communication est censée triompher grâce à nos superbes technologies, ne trouve autre moyen de s’exprimer que par la violence. Des agressions verbales, morales ou physiques qui parfois, peuvent mener jusqu’au drame.
Ayant reçu le prix de la Critique internationale et le prix de la Révélation Cartier à Deauville, Detachment est un film touchant et engagé, d’une grande intelligence, qui nous fait part d’une situation alarmante et d’une réalité criante.
Nul besoin donc de vous dire qu’il fait intégralement partie de ces films, dont on n’en sort pas indemne de la salle obscure.
